Témoignage d’Alice : grossesse et post-partum

La grossesse et le post-partum peuvent être des expériences difficiles. C’est une réalité dont on ne parle pas assez. Afin de libérer la parole autour de ce sujet encore tabou, Alice nous livre son témoignage, touchant, fort et sans filtre. Elle nous raconte son début de grossesse clouée au lit, le manque d’écoute du corps médical puis les semaines compliquées qui ont suivi la naissance de sa fille.

Grossesse et post-partum

« J’ai accouché le 14 décembre 2020, par césarienne programmée, un jour de nouvelle lune. Marthe est ma nouvelle lune, mon soleil, ma joie. Chaque jour, je m’émerveille de la voir grandir, de la voir sourire. Elle est si joyeuse. Cependant, la grossesse et le post-partum, malgré tout l’amour, malgré toutes les découvertes merveilleuses, sont des expériences qui peuvent faire mal. Elles peuvent s’avérer violentes et faire souffrir, d’autant plus, j’en suis convaincue, parce que l’expérience du post-partum et de la maternité sont des expériences invisibilisées. 

Ma grossesse a d’abord été très difficile

J’ai vomi, beaucoup. Pendant deux mois. Trois fois par jour, parfois plus. La tête dans la bassine, incapable de manger, et l’impression que mon corps me faisait défaut alors qu’un petit être grandissait en moi. J’ai broyé du noir. J’ai presque regretté d’être enceinte. J’ai eu peur. J’ai perdu du poids. C’était pendant le premier confinement, alors mon compagnon était là pour m’aider, me nourrir, me laver, nettoyer mes habits et les draps. Sans lui, je ne sais pas comment j’aurais fait. Je n’aurais pas pu faire. J’étais clouée au lit. Je pouvais passer des jours entiers sans me laver, enfermée dans ma crasse, ma sueur et ma tristesse.

Je me suis sentie seule, très seule. Honteuse, aussi. Au téléphone ou au cabinet, quand j’arrivais à me déplacer, les médecins me disaient que c’était normal de vomir. Que vomir ça voulait dire que le bébé allait bien. Ma santé passait en second plan, aucun soin ne m’était proposé. Je ne savais pas encore que je rencontrais les prémices de la façon dont sont considérées les femmes quand elles ont mal, les prémices de la façon dont sont considérées les femmes enceintes, les femmes qui accouchent et les femmes qui ont accouché. 

Marthe est née

Mon bonheur et ma peur se sont entremêlés. Je me souviens de la fatigue et du vertige jamais connu que peut représenter la présence d’un si petit bébé auprès de soi. La responsabilité qui naît. Et le sentiment de n’être pas encore tout à fait mère. Je me souviens aussi de mes émotions et de mes pensées très souvent enfouies. J’avais peur d’être jugée, incomprise, considérée comme une mauvaise mère car l’image de la bonne mère tellement véhiculée me faisait, moi aussi, culpabiliser. Je suis la première de mes proches amies à avoir un enfant, je me suis souvent sentie isolée et perdue. 

Un mois après mon accouchement, j’ai été hospitalisée pour une pancréatite, due à la grossesse

J’ai dû batailler des jours entiers pour qu’on entende ma douleur et pour qu’on effectue les examens adaptés. Je suis passée deux fois aux urgences. On m’a d’abord dit que je n’avais rien. Puis que je faisais des crises d’angoisse. Quand j’y repense, je suis sidérée qu’on puisse dire à une mère qu’elle fait des crises d’angoisse, qu’elle ne va pas bien donc, et ne rien lui proposer, ni d’être écoutée, ni d’être soignée. Rentrez chez vous, au revoir et merci. Je pourrais évoquer pendant longtemps toutes les absurdités et les violences que j’ai rencontrées à l’hôpital. Elles sont ancrées en moi et perturbent encore ma vie, chaque jour. J’y ai rencontré aussi de merveilleuses personnes, à l’écoute et bienveillantes, des personnes qui m’ont sauvé la vie et je ne les oublie pas. 

À la fin de ma maladie, j’ai refusé de me taire

Après douze jours de sonde naso-gastrique, deux interventions sous anesthésie générale, et des heures si longues de peur et de détresse, j’ai refusé de me taire et j’ai refusé d’être seule.

J’ai eu un besoin pressant, ressenti au plus profond de mes tripes, d’entendre d’autres mères, de parler avec d’autres mères et de faire, autant que possible, du bien à d’autres mères. Aujourd’hui, j’ai créé et j’anime L’atelier des mères, des ateliers d’écriture exclusivement réservés aux mères. Le besoin de parler est immense. Le besoin d’avoir un espace pour dire, les joies, l’amour mais aussi les difficultés et les peines. Le besoin de se retrouver et d’être écoutées. 

Il est primordial que les mères soient entendues et que leurs expériences soient rendues visibles. Cacher la réalité du post-partum nous fait mal et nous rend, parfois, malades. C’est la santé mentale des femmes qui est en jeu. Le post-partum ne doit pas rimer avec honte, culpabilité et silence. Le post-partum doit être dit, raconté et écouté » . 

Pour en savoir plus sur L’Atelier des mères animé par Alice Legendre, rendez-vous sur son compte instagram.

Publié le 9 novembre 2021

Crédit photo : Alice Legendre

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